"L'homme qui valait trois milliards", bientôt une réalité avec le genou bionique
2011-09-28 07:55:23.265

"La différence ? Je ne sens plus mon genou !" Jeudi dernier, dans les locaux de la PME montpelliéraine Marcenac Ducros, Franck, amputé de la jambe gauche, teste une prothèse qui fait de lui un personnage de science-fiction. Arpenter les couloirs, descendre une rampe inclinée, gravir l'escalier, piétiner, partir en arrière... il se sent plus léger.
Au fil de la journée, la démarche est de plus en plus fluide, sans à coups. Les ingénieurs de la société allemande Otto Bock, qui commercialise depuis quelques jours ce bijou de technologie, effectuent les réglages, un œil sur l'écran d'ordinateur, l'autre sur le patient modèle qui n'a jamais ralenti son rythme de vie malgré son handicap. Il travaille dans le staff du club de rugby de Béziers où il est chargé d'organiser les déplacements de l'équipe.
Une révolution
"Ce n'est pas une évolution, c'est une révolution", résume Abderamane Bouheddhi, orthoprothésiste devenu représentant de la société Otto Bock en France. "Avec le genou bionique, la démarche est plus naturelle, plus sûre", assure-t-il, fort d'une liste de "petits détails qui font que la vie des patients va changer". La prothèse, autonome cinq jours, se recharge par induction.
Autre technologie, mêmes effets : l'Islandais Ossur commercialise aussi un genou bionique qui a transformé le quotidien d'Emmanuel, un jeune Luxembourgeois présent la semaine dernière à Montpellier : "Au quotidien, ça change tout. Je suis revenu pour la première fois à la plage cet été, depuis six ans, je n'y avais pas mis les pieds. Je retrouve des mouvements quasi-naturels, je me fatigue beaucoup moins..."
Des genoux quasi magiques
Le prothésiste Patrick Ducros, à la pointe des dernières prouesses technologiques qu'il propose aux patients susceptibles d'en être équipés, ne tarit pas d'éloges sur ces genoux qui "donnent de nouvelles sensations aux amputés". "En un siècle, regardez comment on a évolué ! On est quasiment sur des technologies embarquées dans un avion", s'enthousiasme le prothésiste. De la jambe de bois du Poilu à l'appareillage magique de Steeve Austin. Enfin, presque. Dans ces genoux quasi magiques, l'intelligence artificielle se niche dans microprocesseurs qui restituent une somme impressionnante d'informations : flexion, appuis, vitesse... tout est analysé pour dicter la réaction de la prothèse. À peine une dizaine de personnes sont appareillées en France.
Un prix très élevé
Seul handicap : les prix des prothèses, très élevés malgré les efforts des sociétés pour rendre les produits accessibles : 40 000 € à 50 000 €. Les patients tentent de faire passer l'addition à leur assurance. Le marché reste étroit. Abderramane Bouheddhi le souligne : "Il y a 30 000 amputés en France, à peine 1 500 sont susceptibles de porter ce type de prothèse."
Article original sur Midi Libre
Retour sur Rencontre-HandicapLes handicapés défilent contre les dérogations faites à la loi contre le handicap
2011-09-27 07:41:21.39

Sous le titre «Des bâtons dans les roues», la campagne de l'Association des paralysés de France critique les dérogations faites à la loi sur le handicap...
Les enseignants ne seront pas les seuls à défiler ce mardi. L'Association des paralysés de France (APF) se mobilise pour dénoncer les dérogations faites à la loi sur le handicap de 2005, en autorisant les possibilités de dérogations à l'accessibilité sur les bâtiments publics neufs et existants. En effet, la loi sur le handicap fixe à 2015 le délai pour garantir cette accessibilité. Mais seule une minorité des bâtiments sont aujourd'hui adaptés aux handicapés.
Impossible de se plier à cette loi, répondent de nombreux décideurs publics et maîtres d'ouvrage, qui avancent des problèmes de coûts et des difficultés de réalisations pour obtenir des dérogations.
Manifestation nationale
Des manifestations sont prévues dans une quarantaine de villes de France ce mardi matin, dont Lyon et Marseille, et à Paris, 200 personnes sont attendues à 10h30 autour du Sénat.
Selon un sondage Ifop/APF, un Français sur trois a des difficultés d'accessibilité; 90% des Français considèrent que les objectifs de la loi handicap de 2005 sont prioritaires et doivent être atteints; et 91% de la population considèrent que l'accessibilité est un enjeu de société qui concerne tout le monde et sur lequel il faut investir. Enfin, plus de 28 000 personnes ont signé la pétition pour dire «Oui à la conception universelle !» sur www.desbatonsdanslesroues.org.
Article original sur 20minutes Les handicapés défilent contre les dérogations faites à la loi contre le handicap
Retour sur Rencontre-HandicapAveugle et photographe
2011-09-26 08:09:21.968

À 40 ans, François Montenot assouvit pleinement sa passion pour la photographie. Aveugle depuis son adolescence, il a fait de son handicap une force. Ses clichés, exceptionnels, sont pleins de poésie.
C'est à l'adolescence que François Montenot apprend qu'il va perdre totalement la vue, à cause d'une rétinite pigmentaire (une dégénérescence de la rétine). À l'âge où d'autres pensent à leur avenir avec insouciance, le jeune homme, originaire de Beaune (Côte-d'Or), découvre l'univers du handicap visuel. Il doit apprendre le braille, se réapproprier les gestes de la vie quotidienne. Aujourd'hui, à 40 ans, il prend sa revanche sur la cécité. Et cela, il le doit à son appareil photo reflex qui le suit dans tous ses déplacements. Car s'il ne se présente pas encore comme photographe professionnel, François Montenot espère bien le devenir d'icipeu.
«Un peu ridicule»
Cette passion pour la photographie lui est venue en 2006, alors qu'il se baladait en forêt avec Cathy, sa compagne de toujours. «Elle m'a demandé de la prendre en photo. Elle tapait dans les mains pour le cadrage. Le résultat a été concluant et elle m'a poussé dans cette voie», explique simplement François. Pourtant, ce passionné d'informatique hésite à se lancer, craignant le regard des autres. «Je pensais que c'était un peu ridicule d'associer les mots "aveugle" et "photographe". Et puis, je me suis heurté à des personnes non-voyantes qui trouvaient que parler de photographie et de paysages était, en quelque sorte, comme remuer le couteau dans la plaie», confie-t-il.
Perfectionniste dans l'âme
C'est donc chez lui que cet autodidacte fait sespremières armes. Il photographie des fleurs, dans le noir et au flash, avant de faire une série sur les arbres vus d'en dessous. «Je voulais travailler en sous et surexposition», note le photographe. Car côté connaissances photographiques, François n'a pas à rougir. Perfectionniste, il ne travaille qu'en mode manuel et de manière très intuitive. Il dispose également d'un petit boîtier sonore, fixé à son appareil, qui lui indique s'il est d'aplomb ou pas. «J'aime quand c'est bien cadré, bien droit», précise-t-il. Mais pour qu'une photo soit réussie, François doit avant tout ressentir le lieu. Tout est alors une question de feeling. Ses sources d'inspiration principales sont la nature, les animaux et l'architecture ancienne. «Je me sers de mes autres sens pour appréhender mon sujet: le toucher pour les objets, l'odorat quand je suis en forêt, l'ouïe pour évaluer la hauteur d'un arbre grâce au vent dans les branches...».
Faire découvrir le monde des non-voyants
Cathy n'est jamais bien loin lors des sorties photos de son homme. Patiemment, elle décrit le paysage, les formes, les couleurs... Elle guide la main de François vers les éléments du décor, afin qu'il puisse se faire une idée de la photo qu'il souhaite réaliser. Et cela, sans jamais manipuler l'appareil. Le cliché reste l'oeuvre du photographe. La photographie numérique a donné des ailes à François Montenot, plutôt introverti par ailleurs. Il expose ses photos et participe à des stages de photographie à l'aveugle, comme hier, à Plouëc-du-Trieux. «Je ne pourrais pas m'épanouir dans la photo sans cette initiation des valides au monde des aveugles», tient-il à souligner. Il les incite à développer leurs sens, à ressentir les choses et, surtout, à appréhender le visuel d'une autre manière. Sans avoir l'oeil collé au viseur de l'appareil.
Article original sur Le Télégramme
Retour sur Rencontre-HandicapHandicapés et cuisiniers
2011-09-21 09:09:27.156

Tuile à la tomate, cuisse de caille à la catalane, royal de foie gras: sous le regard de deux chefs, Rita, Grégory et Malick, trois handicapés, ont démontré lundi à Béziers qu'ils pouvaient être des cuisiniers comme les autres.
"C'est vraiment génial. Je suis très contente. J'adore ça! J'adore ça! Je les voyais à la télé. Je voulais participer avec eux. Et là, j'y suis", s'émerveille Rita, sourde et muette, en langage des signes. "J'ai appris beaucoup de choses, comme faire sauter le veau. Je suis sûr que cela va me servir", témoigne Grégory, déficient léger mental.
Montée par l'Agefiph (Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées), cette opération de communication avait pour ambition de prouver que le déficient, mental ou physique, victime selon les statistiques d'un taux de chômage deux fois supérieur à celui d'un travailleur valide, n'est pas un frein pour l'entreprise, quelle qu'elle soit.
Changer les regards
La loi de 1987 exige l'embauche de 6% de travailleurs handicapés dans les entreprises de plus de 20 salariés. Mais au 31 décembre 2010, 257.121 demandeurs d'emplois étaient identifiés handicapés, selon l'Agefiph.
"Le problème du travailleur handicapé, dans une cuisine ou ailleurs, c'est que les patrons ont peur. C'est ce verrou que nous voulons faire sauter. Il faut changer les regards", dit Benjamin Lureau, délégué régional de l'Agefiph. "Il faut qu'un handicapé soit jugé sur ses compétences, sur les résultats et non sur un a priori".
La langue des signes en cuisine
Derrière une vitre, les trois cuistots s'activent tandis que les invités du goûter les regardent, étonnés. Ils apportent les correctifs exigés par Pierre Augé, finaliste de l'émission télévisée Top Chef en 2010, et Grégory Cuilleron, vainqueur de l'émission "Un dîner presque parfait" en 2009.
"On ne peut peut-être pas tout faire avec un handicapé mais on peut faire beaucoup", assure ce dernier. Devenu ambassadeur de l'Agefiph, il n'avait pas prévu de jouer ce rôle mais dit s'être "vite rendu compte" que sa réussite avait "valeur d'exemple".
Plus passionnés et plus attentifs
"Il faut leur donner leur chance", affirme Rémy Cailliez, patron du restaurant Ecrevisse d'Alsace à Narbonne et employeur de Malick, léger déficient mental en contrat de formation. "On pense que c'est compliqué. Pas du tout. Ce sont des ouvriers comme les autres. Il faut juste être un peu plus patient avec eux. C'est un plaisir", ajoute ce restaurateur qui a déjà formé deux autres jeunes handicapés. "Ils sont plus passionnés et plus attentifs", dit Benjamin Braen, délégué de l'entreprise de restauration Sodexo, qui emploie sur le plan national environ 900 handicapés (sur 24 000 employés).
Parmi eux, Rita, dont Benjamin Braen a fait spécialement aménager le poste de travail: "On a mis des lumières qu'elle peut activer en cas d'urgence et on a donné des cours de langue des signes à ses collègues". Résultat, Rita qui a toujours travaillé dans la restauration, notamment dans la cuisine avec son ex-mari, est aux anges. Et Grégory Cuilleron apprécie en goûtant les plats: "Franchement, plus d'un pourrait lui envier ses capacités!".
Article original sur L'Express
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